RELAYEZ SUR VOS RÉSEAUX
Les États-Unis d’Amérique se sont saisis du chef d’un autre État en fonction
Après avoir conduit une action militaire visant à neutraliser ce qui pouvait protéger le président en fonctions du Venezuela, les forces armées américaines se sont saisies de ce dernier pour le ramener sur le sol américain et le « juger ».
Indéniablement il s’agit d’un événement sans précédent dans l’histoire moderne des relations internationales. Autre fait sans précédent : personne ou presque n’a rien dit.
L’effet de sidération qui s’est emparé de l’ensemble des observateurs sur la planète nous empêche probablement de répondre à certaines questions. Cette sidération, couplée à un certain nombre d’informations floues et de rumeurs, a probablement un peu affecté notre lucidité. Néanmoins, plusieurs réflexions sont nécessaires :
Le désormais ex-président Maduro était-il légitime ?
Certains, dans un réflexe pavlovien qui consiste à approuver tout ce que font les États-Unis et réfléchir ensuite, ont justifié l’opération américaine au motif que Nicolas Maduro aurait été illégitime, sont élection étant entachée d’irrégularités. C’est possible, et même probable. Néanmoins, les États-Unis n’ont pas ou ne devraient pas avoir le droit et encore moins l’autorité de déterminer la manière dont un État souverain se choisit ses dirigeants. Car si tel était le cas, et s’il fallait se saisir au beau milieu de la nuit de tous les chefs d’État qui n’ont pas la légitimité de leur fonction, autant dire qu’il y aurait du boulot sur la planche. Des exemples ?
Emmanuel Macron :
Ce chef d’un État membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU a été élu en 2017 puis réélu en 2022 au bénéfice de manipulations judiciaires pour éliminer un adversaire, de favoritisme et de privilèges médiatiques exorbitants et de lois électorales taillées sur mesure.
Luis Ignacio Lula Da Silva :
Ce chef d’un des plus grands États d’Amérique du Sud a été « élu » après avoir fait de la prison (ce qui devrait empêcher quiconque d’exercer une telle fonction) et à la suite d’un processus électoral sinon douteux, à tout le moins contesté.
Je passe sur les élections en Roumanie interrompues au motif que le vainqueur potentiel déplaisait à l’Union Européenne et à l’OTAN, en Allemagne ou l’AFD a été persécutée, sans oublier l’Ukraine, où Zelensky a fait l’économie d’une élection, ce qui le met à l’abri de toute contestation de cette dernière. Donc quoi que l’on pense de la légitimité d’un chef d’État en fonction, il reste le représentant légal de son pays, qu’aucun autre pays n’a le droit de renverser. Il est en effet affligeant de devoir rétablir la distinction entre légitimité et légalité. Pour faire bonne mesure, j’ajoute que le Président Trump lui-même, n’a jamais, malgré la contestation de sa défaite électorale en 2020, pensé à renverser Joe Biden.
Et puis il y a la question des droits de l’homme, très commode pour justifier les changements de régimes. Là aussi, il serait vain de faire une liste des chefs d’États jouissant d’une totale impunité.
En outre, ce qui a ajouté à l’effet de sidération, c’est que le président Donald Trump s’est, tout au long de ses campagnes en 2016, 2020 et 2024, inscrit en rupture du caractère hégémonique des États-Unis au plan international.
LA DOCTRINE MONROE
Le président Trump a justifié son intervention qui, comme on l’a vu, ne se justifie pas du point de vue du droit international, par l’invocation de la doctrine Monroe.
On notera que si comparaison n’est pas raison, elle est ici pure déraison. Le contexte en effet est, vous en conviendrez, très différent de ce qu’il était en décembre 1823. À l’époque, Cuba et Porto Rico étaient encore espagnols, et le Brésil n’avait accédé à l’indépendance que l’année précédente. Mais après tout pourquoi pas. Cependant, si, malgré tous les débats que cela pourrait soulever, la « communauté internationale » tolère une zone d’influence pour les États-Unis, non seulement elle ne peut le faire qu’au prix d’un désengagement de ces derniers des autres « points chauds » de la planète, mais encore les autres grandes puissances sont autorisées à exercer aussi légitimement leur influence. Autrement dit, les États-Unis retirent leurs salles pattes de Taïwan, d’Ukraine et d’ailleurs. Parce qu’entre nous, les Chinois ont davantage de légitimité à exercer leur autorité sur Taiwan que Donald Trump sur le Venezuela. De même, Moscou a beaucoup plus de droits sur l’Ukraine voire sur la Pologne que Bruxelles et a fortiori Washington.
Et que dire du Proche et Moyen-Orient pour lequel un désengagement américain mettrait fin ou à tout le moins freinerait considérablement la boucherie en cours. Parce que je ne crois pas que le 2 décembre 1823, en énonçant sa doctrine, le président Monroe prévoyait d’aider Netanyahou.
Où est passé le « Sud global »?
Je parle bien de ces pays du Sud appelés abusivement dans une traduction littérale douteuse « Sud global » tant mis à l’honneur ces dernières années notamment par la Russie. J’ai été étonné de la retenue voire de la timidité de cette dernière face aux événements dont il est ici question. Je me suis demandé si l’opération de Caracas, qui a sans aucun doute nécessité une longue préparation, n’a pas été évoqué lors des récentes rencontres entre Russes et Américains. La question a du reste été posée à Trump en toute fin de conférence de presse. Ce dernier a démenti avoir informé Poutine, ce qui ne donne aucune indication. Il serait très surprenant que la Russie n’ait pas été au courant de ce projet. Si tel est le cas, la mesure de Moscou en dit long sur la cruauté de la Real-politik. Ces dernières années, les pays dits du Sud sont souvent mis à l’honneur par la Russie qui n’épargne pas ses efforts et ses tubes de pomade passée dans le dos des chefs d’État africains, asiatiques ou latino-américains. Le peu d’indignation de Moscou a dû faire se sentir bien seuls Maduro et ses partisans. Les chefs d’États des BRICS+++ et au-delà devront en prendre bonne note. M. Lavrov n’a jamais de mots assez durs quand il parle de la colonisation française d’hier pour flatter ses nouveaux amis du continent noir. On aimerait le voir aussi courageux au moins dans les paroles à défaut des actes face à la colonisation d’aujourd’hui.
Nul doute que tous les forums, les congrès ou autres concours de sports ou de chansonnette ne pèsent rien quand les « gringos » vont se saisir du chef d’un État souverain qui leur déplaît avec presque autant de facilité que ma tante Patricia se saisit d’un poulet au fond de la basse-cour avant de lui voler dans les plumes. Faire du bruit avec sa bouche ne suffit pas pour changer le monde.
Jacques Frantz
Trump n’ a pas destitué directement Maduro. Celui-ci a été destitué par ses généraux qui l’ont gentiment remis aux autorités américaines qui étaient venues le chercher. Toute l’opération a été le fruit de manœuvres en coulisse de longue date, à l’insu du principal intéressé évidemment. Bien sûr aussi, tout cela n’aurait pas eu lieu sans l’ aval des américains, on est bien d’ accord. Mais il n’ y a pas eu plus de véritable manœuvre militaire américaine qu’en Iran pour clôturer une guerre de 12 jours durant laquelle Israël subissait une raclée historique. L’intervention américaine dans les 2 cas s’ est réduite à un écran de fumée auquel la diatribe de Trump, – on peut lui faire confiance c’ est sa principale aptitude, « On est les meilleurs, on a les meilleures armes du monde » – s’ est employée à donner un relief particulier, spectaculaire.
Car oui, la Chine et la Russie, ont pesé sur les évènements là-bas. Ce qui s’ est passé à Caracas a dû faire l’objet de très longues négociations entre les 3 grandes puissances. Il ne faut pas imaginer sans cela que la Russie et la Chine après tout ce qu’ils ont investi au Vénézuéla, la nation la plus riche en pétrole du monde, allait laisser faire sans réagir. Mais on en saura plus plus tard. Pour preuve la vie continue, Maduro a été destitué, mais le Vénézuéla a changé sa monnaie dans les règlements internationaux, autrement dit il n’ est plus assujetti au dollar américain. « le système alternatif financier que la Chine et la Russie développait de manière graduelle a été activé en mode urgence. En 48 heures tous les actifs vénézuéliens qui étaient libellés en dollars ont été transférés en yuans » (sic 9mn35).
Vidéo entendue sur le sujet, l’analyse de monsieur Mersheimer :
https://www.youtube.com/watch?v=zmQ-BQSc3Vw&t=3s
Nous sommes dans un monde non multipolaire, mais multinodal, pensez à la toile d’ araignée, cette dernière toute entière vibre sitôt que vous imprimez une action, si minime soit-elle, sur sa périphérie la plus extrême.
A suivre…
Merci Olivier de ce commentaire très pertinent ainsi que du lien.
J’ai pour habitude de commenter les versions officielles. En conséquence, (et on en saura davantage un peu plus tard), je m’en tiens au récit qui nous est fait des événements. Cependant, il ne fait aucun doute que Maduro a été victime de trahisons interne car c’est toujours comme ça que ça se passe. Dans tous les cas, le sujet de l’article est davantage la manière dont s’accommodent certains pays des changements de régime un peu faciles. J’ajoute que ce faisant, il ne faut pas critiquer comme le fait la Russie pour qui, par ailleurs j’ai beaucoup de sympathie, critiquer un certain colonialisme.
Bonjour,
Tout d’abord, je te souhaite Jacques, à toi et à ceux qui te sont chers, une excellente et sainte année 2026, et par voie de conséquence je la souhaite également item à tous tes lecteurs.
Je me réjouis de débuter cette année avec un nouveau billet de ton blog.
Pour le reste, j’avoue avoir trop d’ignorance concernant l’écheveau des rapports de forces en amérique latine, surtout en 2026 ou la Chine, rien qu’elle, joue double ou triple jeux. Elle a la puissance et elle a besoin des ressources minières pour fabriquer tout ce dont l’occident a besoin, je te dis pas le levier que ça constitue maintenant que nous avons en prime tués notre industrie automobile.
Par contre, pour revenir à notre bonne vieille France, je pense que la méthode d’arestation de Maduro en dit long sur la façon dont certains seraient prêt à réagire si une personalité politique élue par le peuple français et jugé trop à droite était élu en France.
Car enfin, Maduro avait sans doute une bonne protection, on peut l’imaginer en tous cas.
Tout ça pour dire que je ne crois plus du tout au changement par l’élection.
Pour être plus clair, dans un scénario où Bardella serait élu, le moindre tag dit antisémite serait la bonne raison pour permettre à qui vous savez de venir arrêter Manu militari ce pauvre Jordan pour nous imposer un Glucksmann aux manettes.
Donc je trouve que Trump sur ce coup-là à créé un précédent assez facheux.
Il faut dire que son ami Benyamin Netanyahou est venu fêter le nouvel an avec lui. On peut imaginer que tout ça donne des ailes et débride pas mal en terme de hard power.
Bonjour Arnaud,
Merci de ton commentaire et de tes voeux. À mon tour de te souhaiter ainsi qu’aux tiens le meilleur pour 2026.
Pour ce qui est des méthodes, c’est précisément ça que j’ai souhaité dénoncer dans ce billet. En effet cela crée un précédent grave. Qui déplaît à Netanyahu risque sa fonction voire sa peau. Car je ne pense pas que Trump agisse les mains libres dans cette affaire. Je pense que Trump gouverne un canon sur la nuque. Ce n’est bien entendu qu’une intuition, mais vu les moyens qu’ont déployé les mêmes donneurs d’ordre qui agissent en coulisse aujourd’hui pour que Trump ne revienne plus au pouvoir, il y a fort à parier que le président des États-Unis fait là où on lui dit de faire,.
Pour ce qui est d’un éventuel gouvernement de droite type RN dirigé par « Jourdain Bardella », je pense que ce dernier ne risque rien tant il sera attaché à devancer les ordres de Tel-Aviv.