PROFANATION OU PRESQUE DU MAUSOLÉE DE LÉNINE

PROFANATION OU PRESQUE DU MAUSOLÉE DE LÉNINE

ГОВОРИТ МОСКВА ICI MOSCOU

Lorsque je vis à Moscou, j’ai la chance d’être accueilli par la dame de pique en personne. Elisabeth Alexandrovna (pour ceux qui ne le sauraient pas, c’est le nom de la Dame de pique de Pouchkine), nous reçoit avec une chaleur et des attentions qui ne se sont jamais démenties au cours des années. J’aimerais lui rendre hommage, car franchement, mon épouse et moi avons beaucoup de chance de faire l’objet de tant de sollicitude.

Il faut vous dire qu’Elisabeth Alexandrovna entoure de toute son affection un tout petit chien nommé Sem. Or lorsque nous sommes arrivés de Saint-Petersbourg avec nos bagages et que nous nous sommes abandonnés à nos embrassades, toquements d’épaules et autres signes d’expression du bonheur de se retrouver, nous n’avons pas prêté attention à Sem. Celui-ci, probablement un peu jaloux d’un ostracisme mal interprété, en a profité pour se soulager sur une pile de livres destinés à quitter la maison pour finir dans un grenier ou, au mieux, chez des bouquinistes. Sem a particulièrement marqué son territoire sur un recueil d’essais de Lénine, dont je rappelle qu’un morceau du cadavre est toujours entretenu à grands frais dans un mausolée d’un autre âge.

Souvent, lorsqu’un événement grave ou important est sur le point de survenir, les animaux nous préviennent. Ainsi, les animaux savent sentir avant nous les cataclysmes naturels comme un tremblement de terre ou un phénomène climatique. Reconnaissons que souvent nous négligeons d’écouter les avertissements des bêtes et que c’est un tort.
Et si la profanation par Sem préfigurait la profanation et la disparition dans les poubelles de l’histoire d’une relique anachronique et funeste? Je laisse à votre réflexion ce qui précède. Cependant, moi qui croit beaucoup à l’effet papillon, j’espère que les dirigeants russes ont rendez-vous avec leur histoire. Certes l’homme est fait d’ambivalences, mais tout de même, alors qu’on vient de commémorer à grand renfort de cérémonies religieuses l’odieuse exécution du tsar et de sa famille, il est temps de se poser la question de savoir si les stigmates du bolchévisme et de sa cohorte de malheurs ne devraient pas disparaître dans la fosse commune de la honte. Peut-être que Sem, sans le savoir, en a posé les premiers jalons, ou en tout cas les premières gouttes.
Jacques Frantz

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