LE PAPE FRANÇOIS FAIT SENSATION EN RUSSIE

LE PAPE FRANÇOIS FAIT SENSATION EN RUSSIE

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Le journal italien “Corriere della sera” publie une interview du Pape François sur la guerre en Ukraine. Il m’est apparu intéressant de vous donner ma traduction d’un article du journal russe très factuel et modéré dans ses analyses, Nezavissimaya gazeta.“”
Le curé argentin a pris des positions qui tranchent avec la doxa habituelle. Bergoglio aurait-il des intérêts à ménager en Russie? Les services de renseignement de Poutine seraient-ils en possession d’éléments susceptibles de gêner le Vatican? Si l’article ne pose pas ces questions, moi je les pose**.
Jacques Frantz

Le journal italien “il Corriere della sera” a publié une interview du pape François, où ce dernier s’exprime avec des accents politiques assez inattendus, où les formules étonnent par leur côté incisif. (…) Le Pape s’avoue assez pessimiste. Il indique que lors de sa rencontre avec le Premier Ministre hongrois Victor Orban, ce dernier lui a déclaré que l’“Opération militaire spéciale” engagée par la Russie serait achevée pour les fêtes du 9 mai célébrant la victoire russe lors de la seconde guerre mondiale, perspective que le Pape entrevoit avec scepticisme.

Certaines déclarations du souverain pontife n’avaient au par avant déjà pas manqué de susciter des réactions en Russie, notamment dans la manière que François avait eu de qualifié Kiril, le Patriarche de Moscou et de toutes les Russies. Le moins que l’on puisse dire est que François n’a pas fait montre d’un grand respect vis-à-vis de l’évêque de la “troisième Rome”. Il avait en effet qualifié ce dernier d‘“enfant de choeur de Poutine”, ce qui avait fait réagir sur les plus grands réseaux sociaux en Russie. Il avait utilisé à l’endroit du prélat orthodoxe le terme de “chierichetto”, ce qui est assez péjoratif quand on sait que le suffixe “etto” revêt en italien un sens diminutif. Si l’on ajoute à cela que par tradition, les servants de messe catholiques sont le plus souvent des enfants ou de jeunes hommes, le qualificatif appliqué au Patriarche qui vient d’avoir 75 ans est assez discourtois. À l’évidence, le pontife romain a été déçu de sa rencontre en ligne le 16 mars dernier avec le Patriarche. Selon les dires du Pape, le Patriarche a passé la moitié de la rencontre à lire un document justifiant la guerre. À ce propos, l’organe russe de régulation des médias Roskomnadzor considère le terme de “guerre” comme abusif, lui préférant, pour qualifier ce qui se passe en Ukraine, le terme d’“opération militaire spéciale”. Le Pape a déclaré au Patriarche:
“Frère, nous ne sommes pas des hommes d’église au service de l’État. Nous ne devons donc pas user d’un langage de politiciens, mais du langage de Jésus. Nous sommes des bergers du saint peuple de Dieu. Nous devons rechercher la voie de la paix pour mettre fin aux hostilités. Le Patriarche ne doit pas se transformer en un servant de messe de Poutine”. À la mi-mars, le Pape s’est donc permis de faire la leçon au chef de l’Église orthodoxe. Dès lors, on comprend mieux pourquoi Kiril a jugé inopportune sa rencontre avec François prévue au mois de juin. De toute façon, le Pape a fait savoir qu’il ne comptait plus sur l’autorité du Patriarche pour rétablir la paix. François considère que l’Église orthodoxe n’a tout simplement pas les compétences requises. L’Église orthodoxe ne joue aucun rôle moteur, mais plutôt un rôle de soumission à un État à qui elle sert de faire-valoir. Le chef de l’Église catholique fait savoir qu’il compte davantage sur une rencontre avec le Président Poutine en personne. Il indique qu’il a à plusieurs reprises sollicité le Kremlin en vue d’un dialogue. Le Pape serait même prêt à renoncer à se rendre à Kiev. D’abord Moscou, puisque c’est là que se trouve la clé de la paix. Sauf qu’à Moscou, pour le moment, on fait la sourde oreille. Je crains, avoue le Pape, que pour le moment, Poutine ne puisse ni ne souhaite organiser une telle rencontre.

Enfin, il a présenté une vision de la situation assez inhabituelle pour un dirigeant occidental. Le Pape est en effet d’avis qu’on ne saurait, pour les actions militaires en cours, désigner un responsable unique. À force d’avoir “titillé” le Kremlin, les occidentaux portent une part de responsabilité. Et là, François ne mâche pas ses mots:
“Il est possible qu’à force d’aboyer aux portes de la Russie, l’OTAN ait réveillé une Russie très sensible, aboutissant au conflit qu’on connaît”. Le journal italien site à nouveau le Pape: “sans affirmer que l’OTAN a provoqué la colère de la Russie, il n’est pas impossible que l’action de l’Organisation ait compté dans la décision russe. Si elle ne l’a pas provoquée, l’OTAN a a en tout cas donné une bonne raison à la Russie pour le déclenchement de l’opération militaire”.

Le Pontife se demande ensuite si les deux parties ne voient pas au-delà de la situation militaire en cours. Russes et occidentaux ne profiteraient-ils pas de la situation actuelle pour expérimenter de nouveaux armements? Voilà pourquoi, et c’est là le grand malheur, l’Ukraine est équipée en armements lourds.

“Étant très éloigné de ces questions, je ne puis dire s’il est juste ou non que l’Ukraine reçoive de l’armement. Toutefois, il est clair que l’Ukraine est une terre d’expérimentation pour de nouvelles armes. Les Russes savent désormais que les chars ont peu d’utilité. Il faut réfléchir à autre chose. Voilà pourquoi ils font la guerre. Il s’agit d’expérimenter sur le terrain d’autres armements. Nous sommes dans la même situation qu’au moment de la guerre civile en Espagne, juste avant la deuxième guerre mondiale. Le commerce des armes est un scandale contre lequel peu de gens s’insurgent. Il y a deux ou trois ans, un navire chargé d’armements devant être transbordés sur un autre navire à destination du Yemen avait abordé dans le port de Gênes. Les dockers ont refusé de faire le travail. ”Pensons aux enfants du Yemen“ avaient-ils dit. C’est bien peu de choses, mais le geste est beau. Il en faudrait bien davantage.” Si l’on fait cette analogie, l’opération militaire en Ukraine serait le prélude à un conflit mondial, à l’instar de ce qui s’est passé en Espagne. “La Syrie, le Yemen, l’Irak, les conflits qui se succèdent en Afrique, aucune de ces guerres n’est dénuée d’intérêts internationaux. Il est impensable qu’un État libre puisse faire la guerre à un autre État libre. Le conflit en Ukraine a été créé par d’autres”, ajoute le Pape. Voilà pourquoi il est indispensable de mettre fin à ce conflit. Cependant, aucune partie ne semble intéressée.

1 commentaire

  1. Il a peut-être compris que pour qu’un pays comme la russie se soit engagé dans une opération militaire à l’encontre de l’un de ses voisins, c’est quand même qu’il s’était passé auparavant des choses dont les responsables étaient peut-être à chercher ailleurs ! Je ne voudrais pas tremper ma plume virtuelle dans l’acide, mais enfin, point n’est besoin d’être d’une intelligence supérieure pour faire cette déduction. Cela dit, quand il affirme que personne ne semble trouver intérêt à négocier, il gagnerait à se demander si le mépris dont il fait preuve, assez peu en phase avec la charité que pratiquent dans leur écrasante majorité les catholiques de mes connaissances, n’est pas pour beaucoup dans l’échec de ses démarches, si encore celles-ci ne relèvent pas davantage de la communication que d’une véritable volonté de se poser en artisan de paix… Tous ses faux-semblants, y compris sur le plan spirituel, ont fini par me faire douter quoi qu’il dise ou fasse, de la pureté de ses intentions, ce dont je demande volontiers pardon à Dieu si nécessaire.

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