TO BE OR NOT TO BE MILA

TO BE OR NOT TO BE MILA

À moins de vivre sur la planète Mars et encore dépourvu de tout moyen de communication, il est compliqué voire impossible de ne pas avoir entendu parler de “l’affaire Mila” du nom de cette jeune fille qui s’est exprimée de manière fleurie sur la religion d’amour de tolérance et de paix qu’est l’Islam.

Certains lecteurs m’ont demandé d’exprimer une opinion à ce sujet dans ces pages, ce que, dans un premier temps, je me suis refusé à faire, considérant que j’avais suffisamment à faire avec les blasphèmes contre ma religion sans aller m’occuper des affaires des autres. Et puis, très franchement, quand les apprentis sorciers de “Terra Nova” se retrouvent un peu le nez dans leur caca, ce n’est pas pour me déplaire. Prêcher la religion du “vivre ensemble” aux roses et aux gris, il faut bien que ça pète à un moment ou à un autre. Par conséquent, j’avais décidé dans un premier temps de garder un silence prudent et de compter les points. Grave erreur de ma part qu’un lectorat éclairé me permet de corriger, ce que je fais aujourd’hui.

Très rapidement les faits. Une jeune lycéenne homosexuelle déclarée s’exprime de manière très crue sur la religion de paix et d’amour suite à des avances appuyées formulées par un adepte de ladite religion. Il ne fallait pas plus que des invectives entre adolescents pour mettre le feu aux poudres et pour diviser le pays. Ainsi, on a vu fleurir les “je suis Mila” parodiant le slogan ridicule “Je suis Charlie” dont nous avons déjà parlé dans ces pages. Cela dit, j’ai tout de même noté bon nombre de voix discordantes de la part de la gauche et de nos chères élites. Comme quoi il serait irresponsable de blasphémer contre Allah, qu’on ne gagne rien à blesser une communauté etc… Plus grave, Mila a été menacée de mort et déscolarisée alors qu’elle n’a commis aucun délit. quand bien même elle l’aurait commis, rien ne justifie qu’on s’en prenne à son intégrité physique. Après tout, il paraît que nous sommes dans un État de droit.

Je ne peux m’empêcher de mettre en parallèle cette affaire avec une autre affaire de blasphème survenue sur France Inter dont on a parlé dans ces pages. Là, pas de divisions. À part quelques intégristes grincheux, l’Élite s’est levée comme un seul homme pour défendre le droit au blasphème et à la liberté d’expression dans un État laïque. À ce moment-là, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes de la bien-pensense. Je suis obligé de noter au passage, que même les plus intégristes des contempteurs de l’“humoriste” de la radio d’État n’ont pas appelé à s’en prendre à sa vie ou à celle de ses proches. Celui-là peut aller et venir et même continuer de chanter ses chansons débiles avec sa voix de fausset. On a même vu un représentant des Musulmans nous expliquer en gros que Mila était dans une situation qu’elle avait bien cherchée. Je serais malhonnête si je ne mentionnais pas l’imam qui s’est insurgé contre le sort qui avait été fait à la jeune fille, en expliquant que le Coran n’appelait pas au meurtre. À mon avis cet imam devra quelque peu compléter sa lecture de la littérature islamique. Toujours est-il que sa prise de position courageuse, bien que minoritaire, est à saluer.

La pression des événements nous oblige à nous poser des questions sur la position des religions dans la société et surtout dans la vie publique. Au risque de surprendre le lecteur (après tout je suis là pour ça), je condamne les propos qui ont été tenus. Il sont grossiers et blessants. En revanche, ils n’ont rien d’illégal. Par conséquent, pour aussi condamnables qu’ils soient, la société doit non seulement à Mila assistance et protection, mais encore, elle doit poursuivre sans relâche les fauteurs de troubles à l’ordre public que constitue l’impossibilité qu’a Mila d’accéder à son lycée et aux différents lieux publics où elle veut se rendre. Parce que si le blasphème est un droit, l’islamophobie en est-il un? Je parle bien entendu ici de l’islamophobie, c’est-à-dire de la peur de l’Islam dont a fait preuve le proviseur du lycée où Mila était scolarisée, en cédant aux pressions pour exclure de facto la jeune fille, la privant ainsi de ses droits à l’éducation obligatoire et gratuite. En effet, la véritable islamophobie consiste à céder à la terreur que fait régner un islam conquérant dans ce qui a la prétention de s’appeler encore État de droit.

Le problème est que ce droit au blasphème ouvre en réalité la porte à toutes les dérives qui déséquilibrent notre société. J’estime que chacun a le droit à la protection de ce qu’il a de plus sacré. L’injure, l’outrance et l’obscénité n’ont jamais permis de faire avancer le débat. C’est donc que le droit au blasphème consacré dans la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État était entendu comme un moyen de persécution. Déjà à l’époque, la prétendue neutralité religieuse que consacrait la loi n’était qu’une persécution qui ne disait pas son nom, émanant de groupes viscéralement antichrétiens. Et c’est bien cela qu’il faut remettre en question. La chape de plomb que font peser les loges qui consiste à faire à croire que la loi serait gravée dans le marbre de la tombe du petit père combe est inacceptable. Tout est discutable en démocratie. Par conséquent la liberté de culte passe aussi par une protection du blasphème de la part de l’État. Cela ne signifie pas l’interdiction de critiquer une religion, mais on peut critiquer sans injurier et sans provoquer. Je pense, cela dit, que l’attitude de Mila ne mérite pas davantage qu’une reprise en main parentale sous la forme d’une bonne fessée. Quoi c’est interdit? Alors on tolère les menaces de mort, mais on n’a plus le droit de foutre une bonne torgnole à ses chers petits quand ils déconnent? On marche sur la tête.

Jacques Frantz

2 réflexions au sujet de “TO BE OR NOT TO BE MILA”

  1. À son âge, cela ne relève plus tant de la fessée, (du resta tonton Georges lui-même nous narrait jadis avec talent comment un bel arrière-train féminin pouvait faire perdre la foi dans ce domaine au plus vertueux des hommes…), mais bel et bien de la « bonne torgnole » qui, va savoir, remettrait peut-être en place les idées de la donzelle. De là à espérer qu’une telle correction puisse l’amener à prendre Cupidon à l’endroit, toujours pour reprendre les mots de ce cher tonton Georges, ce serait peut-être trop demander. Cela dit, rien qu’avec cette formule « prendre obstinément Cupidon à l’envers », notre tonton n’eût pas encouru les seuls censeurs de la radio D’État, comme ce fut le cas en son temps, mais la police de la pensée et les tribunaux chargés de réprimer la mal-pensance. Comme quoi… on vit une époque formidable !

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  2. Bonjour,

    Ce qui est glaçant ici, c’est la réaction presque unanyme des anciens camarades de cette pauvre fille; tous sur le ton « elle l’a bien cherchée, tant pis pour elle ».

    C’est là qu’on voit bien qu’il y a une cassure générationnelle entre les Charlies babyboomers, et les plus jeunes qui sont tentés par de multiples radicalités cosmopolites et consuméristes, souvent antagonistes.
    Hé oui, les Charlies se sont créés dans les années 60-70 pour démenteler ce qui pouvait rester d’une éducation catholique parfois pesante, il est vrai.
    Les jeunes d’aujourd’hui n’ont, pour la plus part, pas été éduqué du tout.
    Donc seule la radicalité et les adictions les plus diverses peuvent les satisfaire.
    Telle fille comme Mila aura les cheveux mauves.
    Pour telle autre, ce sera le voile intégral.
    Et c’est là que notre société libérale-libertaire se prend complètement les pieds dans le tapis.

    En ce sens, les Charlies des années 70 ont une responsabilité considérable.
    Cette responsabilité, c’est le refus de transmettre quoi que ce soit à leurs gosses. c’est l’édonisme à tous prix.
    etc.

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