RELAYEZ SUR VOS RÉSEAUX
ГОВОРИТ МОСКВА ICI MOSCOU
Aujourd’hui encore nous apprenons en « allumant le poste », comme disait mes grands-parents, que les données privées de 19 millions d’utilisateurs de France identité ont été piratées.
Plus inquiétant encore, l’absence de réaction de nos autorités. Car cet épisode n’est que le dernier d’une longue série, et gageons qu’il ne sera pas le dernier bien longtemps.
Ces derniers temps on nous a rabâché que tout ça était de la faute des Russes qui nous menaient une guerre sans merci. En Russie, où le même phénomène a lieu, on nous explique que tout est de la faute des Ukrainiens.
J’observe tout de même que lorsque Edward Snowden a révélé que la NSA espionnait les conversations téléphoniques au plus haut niveau de tous les États européens, l’émotion de nos dirigeants a été plus que discrète. Pire, pas un de ces États n’a accordé l’asile à Snowden qui s’est finalement réfugié en Russie.
Nos dirigeants réservent le droit d’asile aux criminels clandos. En outre, un État souverain normalement constitué aurait dû accueillir Snowden, non seulement parce qu’il s’était mis en danger en faisant ses révélations, mais encore pour savoir de quelles informations il disposait réellement et si par hasard il ne pourrait pas donner d’autres renseignements utiles.
J’en déduis donc que quand c’est la Russie qui espionne ou qui attaque c’est grave, quand c’est l’Amérique, ça ne l’est pas.
Qu’on me pardonne ce propos liminaire un peu long et qu’on me permette d’en venir au cœur du sujet avec ces questions :
Le virage du « tout numérique » est-il avantageux et pour qui ?
Les promesses du « tout numérique » ont-elles été tenues ?
ici
Le numérique est évidemment un progrès, il y a des gens dont c’est la seule fenêtre ouverte sur le monde et qui ne pourraient pas vivre entre leurs 4 murs sans un minimum d’accès à Internet. C’est quand on rend les choses obligatoires au mépris de ceux qui ne parviennent pas à prendre le train de la technologie, que le numérique, ou plutôt le tout numérique sans solution de rechange, est une broyeuse qui n’a plus rien d’humain. Je pense à ceux qu’ont laissés sur le bord du chemin l’avènement des ordinateurs et l’impossibilité de trouver un ruban pour leur vieille machine à écrire, et maintenant, à ceux que laisse sans défense le remplacement progressif de l’ordinateur par des applis pour smartphones avec lesquelles on est censé tout faire mais qui sont inutilisables quand la gestuelle sur un écran tactile est une véritable source d’attaques de panique, et ce disant je n’exagère rien. L’étape suivante, c’est l’implantation de la puce sous la peau, présentée bien entendu comme le souverain bien et sur laquelle nous serons invités à nous jeter « parce que c’est plus sûr et plus pratique ! » C’est toujours en vous les présentant comme votre plus grand bien qu’on vous fait avaler les pilules les plus amères. Puisqu’il est question ici de la Russie, on m’a raconté un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître : celui où la première chose à faire lorsqu’on entrait dans une chambre d’hôtel en Russie, .c’était de localiser le micro soigneusement caché par la police politique pour tenter de le désactiver, ne serait-ce que quelques minutes. Aujourd’hui, avec les appareils connectés, c’est nous-mêmes qui installons l’espion dans notre vie quotidienne et l’invitons à nous écouter en l’appelant simplement par son petit nom ou celui du géant du Web qui le fabrique. Et comme le micro ne se désactive pas plus aisément que celui des autorités de ce qui fut le Bloc de l’Est, il suffit que vous disiez à quelqu’un, dans une voiture : « Quelle journée ! Je suis fatiguée ce soir ! » pour que la voix synthétique de votre téléphone vous suggère immédiatement le spa le plus proche pour vous relaxer et vous faire chouchouter. Authentique ! « Big Brother is watching you ! » (Georges Orwell, 1984). Alors le numérique au service de l’humain, oui, mais la réduction de ce dernier à l’esclavage d’un programme, mille fois non !