DÉCÈS DE MIKHAIL GORBATCHEV, LE DERNIER CLOU DANS LE CERCUEIL DE L’URSS?

Gorbatchev en compagnie de Margaret Thatcher

DÉCÈS DE MIKHAIL GORBATCHEV, LE DERNIER CLOU DANS LE CERCUEIL DE L’URSS?

IL ÉTAIT LE DERNIER EN TOUT

Décidément, Gorbatchev aura été le dernier partout. Il aura été celui qui ferme la porte et qui éteint la lumière. Dernier chef de l’État soviétique, dernier survivant du bureau politique du Comité central où il est entré grâce à Andropov, Gorbatchev s’est éteint à 91 ans.

J’ai appris cet été, lors de mon séjour en Russie, que Mikhail Gorbatchev était très malade et sur le point de mourir. Si j’avais été journaliste, j’aurais préparé à l’avance ma petite nécrologie. Pourtant, je le promets, le billet que je rédige maintenant ne sort d’aucun congélateur parce que mes lecteurs ont horreur du surgelé. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont mes lecteurs.
En écoutant les médias de grand chemin hier soir, à l’annonce du décès du dernier dirigeant de l’URSS, j’ai tenu 12 minutes tellement tout ce qui était raconté était inepte.

Pour comprendre l’action de Gorbatchev, il faut comprendre et surtout se souvenir de ce qu’a été l’Union Soviétique. Ce régime, de loin le plus répressif de tous les temps, et qui n’a engendré que des régimes répressifs dont certains subsistent, a d’abord été un énorme engin de mort et d’oppression. Or Gorbatchev n’est pas le réformateur éclairé que nous présentent les nécrologues occidentaux. Gorbatchev est le pompier qui a tenté coûte que coûte d’éteindre l’incendie à bord du navire. Sauf que lorsqu’il a hérité du pouvoir, il s’est retrouvé aux commandes d’un immense navire qui n’avait plus les moyens de naviguer. Le pouvoir était exercé par des vieux qui tombaient comme des mouches. Songez que le pays a enterré trois de ses leaders suprêmes en trois ans.
Donc, quand Gorbatchev est nommé, il veut réformer le système, non par bonté d’âme, mais pour permettre sa survie. Il sait en outre, que sa propre survie politique en dépend.
Paradoxalement, (et contrairement à tout ce que pensent les observateurs occidentaux), Brejnev était pleinement conscient de la nécessité de réformer le régime, à telle enseigne qu’il avait préparé sa démission et sa succession. Cela ne s’est pas fait parce que certains au bureau politique s’y sont opposés. Brejnev, rattrapé par l’abus d’alcool et d’antidépresseurs mourra subitement et en fonction, terrassé par une crise cardiaque. Pour l’anecdote, il faut savoir que Brejnev souffrait d’une malformation cardiaque diagnostiquée à l’âge de 30 ans.

Gorbatchev populaire en occident et impopulaire chez lui.

C’est vrai et c’est faux. Quoiqu’on pense du régime soviétique, reconnaissons que celui-ci tentait d’offrir à la population une certaine cohésion sociale avec un travail et un minimum vital pour tous. On peut discuter à l’infini de la qualité de ce minimum vital, mais la volonté était là. Malheureusement, toute dictature, (et c’est ce qui la distingue des régimes simplement autoritaires), génère une corruption endémique. Et c’est sans doute la timidité avec laquelle Brejnev a combattu la corruption qui fait que le régime soviétique ne pourra pas survivre. Quand Gorbatchev arrive au pouvoir, il doit résoudre une équation impossible. Il doit soulager la pression extrême mise sur les libertés individuelles pour motiver suffisamment la population pour permettre à l’économie de survivre, il doit maintenir la cohésion d’un empire éclaté, et il doit lutter contre une corruption endémique. Or les premiers à payer la facture seront les plus vulnérables qui se verront privés des avantages sociaux financés par une économie à bout de souffle et une monnaie de singe. Ça ne vous rappelle rien? C’est ainsi que des retraités se sont retrouvés à la rue tandis que des bureaucrates bien positionnés sont devenus des oligarques. Il ne faut pas s’étonner dans ses conditions que certains regrettent jusqu’à nos jours le régime soviétique. Et c’est précisément de ses gens-là que Poutine, très imparfaitement je le concède, a voulu prendre soin. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le mot de Poutine: “les gens qui ne regrettent pas l’Union Soviétique n’ont pas de coeur, tandis que ceux qui veulent son retour n’ont pas de tête”. Comprendre que certains (parmi lesquels nombre de retraités) se sont retrouvés à la rue et regrettent le peu qu’ils avaient, mais parallèlement, comprendre aussi que générer à nouveau un tel système est une vraie folie. Gardons cependant à l’esprit que nombreux sont les Soviétiques de la génération perestroika qui reconnaissent à Gorbatchev le fait d’avoir ouvert des fenêtres sur l’Europe et le monde. On se souvient, par exemple, que c’est grâce à la perestroika qu’ont été levées les restrictions de voyages et de migration. Ce sont ces mêmes fenêtres que l’occident veut fermer à la figure des Russes qui, rappelons-le, n’ont pas leur mot à dire sur les choix de leur gouvernement en matière militaire. Quant à la popularité de Gorbatchev en occident, même si elle est indéniable, elle aura bénéficié de l’influence des relais médiatiques occidentaux et en particulier américains. Pas par bonté d’âme ou par amour des libertés individuelles, mais par volonté d’accélérer l’affaiblissement et l’effondrement de l’État soviétique. Notez que je dis bien l’État soviétique et non le système. Derrière, il convenait de mettre à genoux la Russie. Comme quoi, Bruno Lemaire n’a rien inventé. Du reste, le moment venu, les États-Unis et le Président Bush n’hésiteront pas à le trahir au profit d’un Eltsine bien plus docile et surtout bien plus dépendant pour livrer la Russie et les ex-républiques soviétiques à l’oligarchie mondiale. Ce pillage organisé aura d’énormes conséquences sur l’économie de ces pays et sur les populations. Il est difficile de se faire une idée de la misère qui a été générée à ce moment-là. On se souviendra qu’en 1996, les États-Unis ont usé de toute leur influence pour faire réélire Eltsine. Ça fait doucement rigoler quand on entend les cris d’orfraie à l’idée que la Russie aurait influencé les récentes élections aux États-Unis. Car même si c’était vrai, cela ne serait que justice. Pour clore le chapitre le la popularité, notons que les médias occidentaux se gardent bien de signaler ou de rappeler qu’à la même époque, Margaret Thatcher bénéficiait du même phénomène inversé de popularité. Le premier Ministre britannique de l’époque bénéficiait d’une grande popularité en Union Soviétique, inversement proportionnelle à l’impopularité qu’elle subissait en occident.
Que reste-t-il de l’ère Gorbatchev?
Il y a beau temps que Gorbatchev ne pèse plus rien dans le paysage politique russe. La presse occidentale se demande déjà si Poutine sera assez ingrat pour refuser à Gorbatchev les funérailles nationales qu’il mérite. D’un point de vue protocolaire, rien ne justifie des funérailles nationales pour Gorbatchev. C’est comme si on avait demandé trois jours de deuil national en France au moment de la disparition de Giscard. Il aura un enterrement dû à son rang. Il sera le seul chef de l’État soviétique à ne pas reposer au mur du Kremlin. Il est vraisemblable qu’il reposera au cimetière de Novodevitchi, qui est le cimetière des personnalités, même si, vulgairement parlant, il est plein comme un oeuf.
L’Union Soviétique est-elle morte avec Gorbatchev?
Un camarade me faisait remarquer que l’URSS et son pouvoir malfaisant survivait encore aujourd’hui grâce au occidentaux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir. C’est vrai que quand on voit Biden, on a envie de dire: “brejnev, sors de ce corps”. Notons toutefois qu’au moins, Brejnev ne nous imposait pas les délires wok et LGBT si funestes à notre temps.
Pour conclure, on ne pleurera pas l’apparatchik communiste, mais on éprouvera un sentiment de douce mélancolie à l’idée que le XXe siècle inexorablement disparaît.

Jacques Frantz

2 commentaires

  1. Et d’ici que quelqu’un ne sorte de Novodevitchi, il risque de se faire tard et MIKHAIL ne peut dire à ces braves gens : « Poussez-vous donc un peu, place aux jeunes en quelque sorte ! » « En quelque sorte », c’est peu de le dire tant il est vrai qu’à 91 ans, ce serait revendiquer une « jeunesse » bien canonique ! Cela dit, quand bien même eussent été pures les motivations de sa réforme, il s’y serait cassé les dents en tout état de cause car même en essayant de lui greffer une branche acceptable, il est radicalement irréaliste d’espérer de bons fruits d’un aussi mauvais arbre que l’idéologie communiste et sa conception tellement fausse de la nature humaine; Ajouter du jus d’orange à du poison, cela aura pour effet, tout au plus, de le rendre un peu moins amer, mais il n’en cessera pas moins d’être du poison ! Alexander Dubcek l’avait appris à ses dépens non seulement en août 1968 mais encore quand il a essayé de prendre le pouvoir en Slovaquie après sa séparation d’avec la république tchèque, il a eu une fin tragique dont il y a fort à parier qu’elle ne fut pas aussi accidentelle qu’on a bien voulu le dire, même France Désinfo, en son temps, s’était fendue d’un reportage sur la question. Comme je l’ai lu hier soir sur mon réseau social préféré, au diable l’URSS 1.0, hélas bienvenue dans l’URSS 2.0 où il y a aussi des retraités dont le vote, tout à fait démocratique bien entendu, est motivé par leur porte-monnaie et la peur de perdre leurs avantages. Qui a dit que l’Histoire ne resservait pas les plats ?

    1. tout à fait d’accord. ET comme j’ai dit, l’URSS2.0 nous offre généreusement en prime les LGBT. Cela étant dit, j’ai cru bon d’écrire cet article car il convient de nuancer quelque peu les portraits dithyrambiques fait de Gorbatchev. Non seulement parce qu’il était communiste, mais encore parce que ça ne correspondait pas à la réalité.

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