BRASSENS A CENT ANS!

BRASSENS A CENT ANS!

Ce nouveau jour qui se lève n’est pas comme les autres. Georges, depuis les nuages, arrive au bout de la route qui mène à cent ans. Je me suis promis, quoi qu’il arrive, d’écrire un billet pour saluer ce grand homme qui nous a si souvent manqué. Je n’oublierai jamais en effet ce triste weekend d’automne où le journal radio de RMC s’est ouvert sur quelques mesures de la supplique, avant que la journaliste vienne nous dire: “Cette voix s’est éteinte, on ne l’entendra plus, Georges Brassens est mort”. Huit jours après ses soixante ans et trois jours avant le jour des morts, Georges nous quittait. Comme ces vers sonnent étrangement: « Le jour des morts, je cours je vole, je vais infatigablement!
De nécropole en nécropole!
De pierre tombale en monument.
Mais seul un fourbe aura l’audace de dire j’l’ai vu à l’horizon
du cimetière du Montparnasse, à quatre pas de sa maison! À quatre pas de sa maison!

On l’imagine courant, volant et sautillant, pourvu d’un corps nouveau. Le corps à peine vieux et déjà trop malade lui, reste là. Et nous le suivons. “frissonnant, toussotant, glissant sur le verglas”. La disparition de Georges, c’est du plomb ajouté aux années. Ce sont des mots et des notes qui resteront à jamais la propriété du silence. Alors que tant de gens qui n’ont rien à dire parlent encore, cette belle voix virile, pudique et tendre s’est interrompue en plein propos.

Cent ans après coquin de sort, il nous manque encore. Son trou dans l’eau ne s’est jamais refermé. Ce ciseleur de mots et ce croque-note de très grand talent a laissé une trace singulière sur le chemin de nos jours. Brassens, immensément connu et respecté une fois sa carrière lancée était l’anti-star par excellence. Sa discrétion était proportionnelle à son talent. Était-ce lui le modeste dont il disait que “pour lui mettre en plein soleil, son coeur ou son cul c’est pareil”? Était-ce pour cela que Patrice Bertin, en ouvrant Inter-soir disait en annonçant la mort de Brassens: “Chaque Français a l’impression de perdre un ami. ”

Brassens c’est, pour celui qui a eu la chance de naître avec sa musiques et ses mots , un ami d’enfance. Quel bel héritage que de ne pas avoir été bercé de chansons débiles qui rendent les enfants idiots.

Brassens a transmis à l’homme que je suis devenu la pudeur, la tolérance, l’amour des mots plus beau que les idées. Aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas n’es-ce pas? Qui mieux que Brassens a sublimé les poètes? Qui au monde est capable de mettre une même musique sur les mots de l’athée Aragon et du mystique Francis Jame?
À cet ami qui a tant donné, qui a transmis des choses qui probablement le dépassent, je veux ce matin dire toute ma fidélité et mon admiration.

Jacques Frantz

1 commentaire

  1. Le bon maître avait célébré son anniversaire par téléphone sur l’antenne de RTL. Qui se serait attendu à ce que quelques jours plus tard, la rédaction interrompît brusquement la diffusion des incontournables Grosses Têtes, émission humoristique s’il en est, pour annoncer la triste nouvelle… J’étais alors dans la voiture qui me ramenait de l’école et sur le moment, je n’ai rien trouvé d’autre à dire que : « Oh, zut de zut ! » Tonton georges et ses paradoxes mais aussi ses constantes, la mort d’où, dans ses chansons, n’est jamais absente la figure d’une femme par exemple. Cela va de l’ultime amourette du Testament, « encore une fois dire Je T’Aime, encore une fois perdre le Nord… » à celle qui, brandissant le longue faux d’agronome, aguichait les hommes en « troussant plus haut qu’il n’est décent son suaire »… en passant bien sûr par l’ondine que l’auteur de la Supplique rêve de voir venir gentiment sommeiller, prenant sa butte en guise d’oreiller. J’espère que le Dieu de toute tendresse, pour qui la blague même coquine est si peu de chose, aura bien voulu « admettre en sa Jérusalem à l’heure blême » celui qui, « mysogynie à part », faisait de la femme une déesse. Petits enfants que nous avons su rester, efforçons-nous de nous dire: « Chouette, un château de sable ! » Celui-là, nul besoin de batailler pour lui car nul vent et nulle marée ne viendront le dérober à nos cœurs où, ma foi, il fait tellement plus chaud que dans le Panthéon des autres où ont trouvé place des figures dont je préfère ne pas parler davantage ici ! À toujours, tonton Georges !

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