FUMER TUE MAIS LA PIPE DÉTEND

FUMER TUE, MAIS LA PIPE DÉTEND

Il ne sera pas dit que seule la politique compte dans ma vie. Je viens d’apprendre avec une immense tristesse le décès de Baldo Baldi, maître pipier italien.

tout le monde ne le sait pas, belle lectrice, mais parmi mes nombreux défauts, je suis fumeur. Et aujourd’hui encore, j’en tire honneur, car c’est un des moyens pour m’opposer à l’ordre social imposé par la mondialisation. J’ai en effet pris conscience de l’exercice d’ingénierie sociale au niveau mondial avec la lutte contre le tabagisme. Le Gouvernement mondial a décidé que les gueux devaient s’arrêter de fumer. C’est le premier acte concerté d’ingénierie sociale mondiale dont j’ai pris conscience. C’était au début des années 2000. Un peu partout en même temps, les États se sont dotés de dispositions législatives extrêmement défavorables à la consommation de tabac. Une propagande de fous s’est mise en place. Fumer était non seulement mauvais pour toi, mais aussi pour les autres… Toute situation ressemblant de près ou de loin à une situation présente ne peut être que fortuite. Au cinéma, seuls les méchants fument désormais. On s’est mis à effacer la pipe de Monsieur Hulo, ou la cigarette du Capitaine Hadoc. Il n’y a guère que l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt qui n’a jamais accepté de se départir de sa sacro-sainte clope. Je rappelle à qui veut l’entendre qu’il est décédé à 96 ans, ce qui prouve que tout fumeur finit par en mourir.

Blague à part, loin de moi l’idée de dire que fumer n’est pas dangereux. L’excès de tabac, la dépendance à ce dernier peut avoir des conséquences funestes. Loin de moi aussi, l’idée de refuser aux non-fumeurs le droit de vivre dans un environnement sans tabac.

En revanche, (et c’est ce qui me permet de pointer du doigt l’opération d’ingénierie sociale aussi mondiale que malhonnête), il est scandaleux d’avoir diabolisé absolument tous les fumeurs sans la moindre distinction ni nuance. Or comme il existe un “bien boire” et “bien manger”, il existe aussi un “bien fumer”. Il existe de vrais gastronomes du tabac et de vrais esthètes du “bien fumer”.

L’homme qui vient de nous quitter fait sans aucun doute partie de cette catégorie. Pour être parfaitement honnête, je ne sais à peu près rien de l’homme. Je peux seulement dire que ce génois, qui s’est écarté de son métier d’architecte pour s’adonner à sa passion, maîtrise avec talent l’esthétique et la technique. J’ai la chance de posséder deux pipes du maestro que je chéris et qui me procurent un plaisir sans cesse renouvelé.

J’ai essayé d’en acquérir d’autres récemment, mais les prix ont pris de telles dimensions stratosphériques, que je ne peux aujourd’hui me permettre de faire des folies.

C’est Daniel qui m’a annoncé la disparition de Baldi. C’est lui aussi qui m’a permis d’acquérir les deux pipes que je possède et chéris comme j’ai déjà dit.

Daniel et son épouse Agneszka sont des gens étonnants. Le garçon, installé avec son épouse polonaise non loin du Lac Majeur, vend du tabac et est mondialement connu de ceux qui apprécient le “bien fumer”. Comme beaucoup de fumeurs de pipe, Daniel et Agneszka sont des gens chaleureux et conviviaux. La relation que j’entretiens avec eux est plus qu’amicale, elle est fraternelle. J’apprends beaucoup avec eux. Aussi, je ne les remercierai jamais assez de m’avoir fait découvrir ces deux superbes pipes qui font la fierté de mon râtelier. En plus, je soupçonne Daniel, (mais ne le répétez à personne), de s’attarder parfois sur les pages de ce blog.

C’est un jour un peu triste aujourd’hui. Une bougie qui s’éteint, les derniers brins d’un tabac qui finit de se consumer. Baldi n’est plus. Il faut donc redoubler de chaleur humaine et de convivialité avec de bons vins, des mets délicieux et de belles volutes dans des objets que des passionnés comme Baldi ont élevé jusqu’à tutoyer les nuages.

Quand vous poussez la porte d’un lieu tenu par un passionné, c’est comme une bouffée de bien-être qui vous enveloppe. Aussi, si vous êtes un fumeur confirmé, qui aime la lenteur, ou si vous avez décidé d’abandonner le “mal fumer” des multinationales de la clope, poussez la porte réelle ou virtuelle d’un passionné comme Daniel. Si vous voulez écrire dans votre propre histoire le chapitre d’une aventure sensuelle, je suis sûr qu’il sait conseiller ceux qui veulent débuter. À tout hasard, je vous mets l’adresse du site. Quant à moi, vous n’aurez pas de mal à deviner ce que je vais faire.

Jacques Frantz
Poussez la porte de Daniel

P.S. Un petit sucre spécialement pour Isabelle. Voici un tout petit extrait de notre Brassens national, qui, s’il avait vécu, aurait eu Cent ans à la fin de l’année.
« Ma pipe dépassait un peu de mon veston,
Aimable elle m’encouragea bourrez-la donc,
Qu’aucun impératif moral ne vous arrête!
Si mon pauvre mari détestait le tabac,
La fumée aujourd’hui ne le dérange pas,
Mais où diantre ai-je mis mon porte-cigarettes.

3 commentaires

  1. Délicieuse sucrerie qu’apprécie une non fumeuse mais qui serait néanmoins la première à t’encourager de la sorte ! Que ce grand monsieur, inconnu de moi (et pour cause), repose en paix… puisse-t-il s’entretenir à loisir avec tonton Georges de leur commun plaisir !

    1. Ah oui, je suis sûr que Georges aurait beaucoup à apprendre de Baldo. Car celui-ci faisait des pipes (si j’ose dire) de ces pipes qu’on fume en levant le front.

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