LES ENFANTS DU COMMUNISME

LES ENFANTS DU COMMUNISME

Certains journalistes ont cru intelligent de célébrer, voilà quelques semaines, le centenaire du Parti communiste français. Le procès du communisme n’ayant pas été instruit, les journalistes, dans chacun desquels un communiste sommeille, ont cru bon de célébrer ce cancer qui étend ses métastases bien au-delà d’un simple parti de clowns qui n’intéresse plus personne. Le Parti communiste français est depuis longtemps en état de mort clinique, mais le virus communiste a muté. Pour “célébrer” à ma manière, j’ai préféré, au lieu de vous encombrer de mon verbiage habituel, laisser la parole à Soljenitsyne. Pour moi, Soljenitsyne fait partie de ces hommes que Dieu met à part pour qu’il ne soit pas dit que la vérité a été tue.

J’ai choisi un extrait du chapitre de l’Archipel du goulag que je suis en train de relire. Je considère que personne ne devrait avoir le droit de mourir avant d’avoir lu l’Archipel du goulag.

Pour bien mesurer ce qu’est le communisme et ce qui nous attend si nous le laissons triompher, j’ai choisi un extrait du chapitre consacré aux enfants du goulag. Ici je fais silence et laisse la parole au grand homme.

Zoïa Lichtcheva, elle, a trouvé le moyen de surpasser toute sa famille. Voici comment les événements se déroulèrent: père, mère, grand-père, grand-mère et frères aînés adolescents furent tous disséminés dans des camps lointains pour cause de foi en Dieu. Zoïa n’avait que 10 ans. On la recueillit dans un orphelinat; province d’Ivanovo. Là, elle déclara qu’elle n’enlèverait jamais la croix que sa mère lui avait mise au cou lors de leur séparation. Et elle noua le cordon encore plus serré pour qu’on ne vint pas la lui ôter pendant son sommeil. La bataille dura longtemps, Zoïa s’exaspérait:
“Vous pouvez m’étrangler, vous me l’ôterez quand je serai morte”. Alors, entant que “rebelle à l’éducation”, elle fut expédiée dans un orphelinat pour “anormaux”. Là, du coup, c’était la lie… Un style de mouflets pire que ce qui est décrit dans ce chapitre. Zoïa tint bon! Là non plus elle n’apprit ni à voler ni à dire des gros mots. “Une sainte femme comme ma mère ne peut pas avoir une fille criminelle de droit commun. Je me ferai plutôt ”politique“ comme toute ma famille.” Et elle le devint, “politique”. Plus la radio et les éducateurs portaient Staline aux nues, plus sûrement elle perçait à jour en lui le responsable de tous les malheurs. Et de réfractaire aux droits communs qu’elle avait été, elle devint leur chef de file. Dans leur cour, se dressait une statue standard en plâtre de Staline. On vit fleurir sur elle des inscriptions moqueuses et inconvenantes. – Les mouflets aiment le sport. Il importe seulement de leur imprimer la bonne direction. –

L’administration repeint la statue, met en place une surveillance, fait même connaître la chose au MGB. Inscriptions de fleurir toujours et gamins de rigoler. Enfin, un beau matin, la tête de la statue fut découverte posée à l’envers et contenant dans sa partie creuse… Des excréments.

Acte terroriste! Arrivée des “Guébistes”. Début dans toutes les règles, des interrogatoires et des menaces.
“Livrez-nous la bande de terroristes! Autrement, nous vous fusillerons tous pour terrorisme”. Il n’y a pas de quoi en faire tout un plat! La belle affaire, que de fusiller 150 enfants. Si “lui” l’avait appris, il aurait lui-même donné les ordres nécessaires. On ne sait si les mouflets auraient tenu bon, ou s’ils auraient flanché. Toujours est-il que Zoïa Lichtcheva déclara:
“C’est moi qui ai fait ça toute seule. À quoi pourrait bien servir d’autre la tête de Pépé.” On la fit passer en jugement et on la condamna à la mesure suprême, sans rire le moins du monde. Mais à cause de l’inadmissible humanisme de la loi sur le retour de la peine de mort, (1950), l’exécution d’une fille de 14 ans était plus ou moins “non prévue”. Ensuite, on lui colla dix ans. Étonnant que ce n’ait pas été 25.

Jusqu’à l’âge de 18 ans, elle fut détenue dans les camps ordinaires; après, dans des camps spéciaux. Sa franchise et sa langue bien pendue lui valurent une seconde, puis semble-t-il, une troisième peine de camp. Parents et frères étaient déjà libérés que Zoïa y était encore.

Vive notre esprit de tolérance religieuse! Vive les enfants, patrons du communisme! Qu’il se fasse connaître le pays qui a montré autant d’amour que nous pour les nôtres!

Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne

Comme je l’ai souvent dit, Mes propos sur les journalistes ne concernent jamais ceux qui écrivent dans la presse amie.

Jacques Frantz

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