Pilotes en grève, pas de doute, on est bien en France

Les pilotes en grève, pas de doute, on est bien en France
Mon amie la Chipie m’a demandé un article sur les grèves à airFrance. Normalement je ne fais pas d’articles sur commande. Mais bon comme tout ce que femme veut Dieu veut je m’exécute. La réalité est que je connais mal le dossier. Tout de même, je peux, en restant très général, avancer quelques pistes de réflexion.
Depuis une semaine, les pilotes d’Airfrance sont en grève illimitée. Le conflit repose sur la tentative de la compagnie de créer une filiale à faible coûts qui permet de délester l’entreprise des vols non rentables. Il est vrai que la mode est aujourd’hui ce qu’on appelle le « bas coût » et que les compagnies aériennes qui fonctionnent sur ce modèle grignotent chaque jour davantage de parts de marché.
Les compagnies historiques ne peuvent pas lutter. La grève est mal comprise par les usagers et le grand public. En effet, il est difficile de se faire entendre par des gens au SMIC en faisant grève lorsqu’on gagne plus de 15 000 euros. En outre, la presse aux ordres, parfois très compréhensive quand il s’agit des grévistes syndiqués à Sud rail, a la dent assez dure pour les pilotes trop souvent accusés de corporatisme. 
Quels sont les enjeux?
Les vols moyen-courriers reliant les villes de province entre elles  estampillés airfrance coûtent trop cher à la compagnie. En cause, la concurrence et les conditions vues comme privilégiées du personnel airfrance. Effectivement, la compagnie ne peut pratiquer les mêmes tarifs que les compagnies à bas coût tout en maintenant les mêmes avantages salariaux. Pour autant on aurait tort de ne pas s’inquiéter du low cost à tout crin. Il constitue un moindre coût pour les actionnaires majoritaires et la direction des entreprise concernées, mais le personnel et les usagers sont toujours perdants.
Les pilotes ont raison de s’inquiéter des incertitudes qui pèsent sur leur statut. Les pilotes ont raison de s’inquiéter de l’incertitude qui pèse sur le statut des nouvelles recrues de la nouvelle filiale. Nous allons aboutir à une situation où le personnel de la compagnie sur un même vol n’aura pas le même statut, le même salaire,les mêmes droits, mais le même travail. Le personnel sera exactement comme les passagers où il y a autant de prix différents que de passagers sur un même vol. Une situation où dans une même entreprise les personnes font le même travail avec des droits différents aboutira sans aucun doute à la mort du droit du travail.
tout cela est très bien, mais que fait-on pour permettre à la compagnie de retrouver les chiffres noirs?
tout d’abord on peut se poser la question de savoir si le bas coût est l’unique solution?
comme on l’a vu, il constitue une réponse ultra-libérale simpliste à une question complexe. La chipie, que j’ai eu au téléphone pour préparer cet article, m’a donné l’argument le plus spécieux de l’année 2014 en disant que le low-cost était l’unique planche de salut et que le client voulait du low-cost. Cela me rappelle mon collègue chinois à qui je faisais le grief de nous envahir avec les produits bas de gamme de la chine. Il m’avait répondu que c’était ce que le consommateur voulait. C’est faux. Le consommateur, et c’est son rôle, se fournit en biens et en services là où cela coûte le moins. Sauf qu’une fois que la concurrence aura été éliminée définitivement, les compagnies à bas coût cesseront de faire du bon marché. À ce moment-là ce sont les marges qui vont augmenter. Le client lui paiera au prix fort des services de qualité très médiocre. Il paiera au prix fort mais sera servi par du personnel sous-payé et surexploité, il voyagera dans des conditions déplorables avec des pilotes qui ont fait trop d’heures au détriment de la sécurité.
La solution n’est pas, comme tente de le faire croire la direction de la compagnie le modèle économique à bas coût. En plus, on oublie qu’Airfrance était propriétaire d’une compagnie aérienne moyens-courriers. Pourquoi l’ont-ils fusionnée? Pourquoi les modèles économiques qui étaient bons hier deviennent mauvais aujourd’hui?
L’une des solutions risque bien de passer par un retour aux règlementations nationales. Je ne vois en effet pas pourquoi nous n’aurions pas le droit de décider sur notre sol que seules les entreprises qui se conforment au droit du travail français ont le droit d’exercer une activité en France. L’ouverture d’une filiale à bas coût au sein de la compagnie Airfrance c’est de l’Airfrance à bas salaires, à basses prestations avec des employés provenant de contrées où le droit du travail est moins regardant.
Le problème est que nous sommes passés de l’idéologie du monopole d’État à l’idéologie ultra-libérale où l’humain n’est qu’une variable économique d’ajustement. On l’a fait en faisant croire au consommateur que c’était bon pour lui. On l’impose à l’aide du chantage à l’emploi. Hélas si l’ultra-libéralisme produisait de l’emploi cela se saurait. Dans tous les cas, si tout le monde travaille avec des salaires roumains, les billets d’avion même à bas prix seront inaccessibles. 
Pour toutes ces raisons je soutiens la grève. Un soutien réservé, mais un soutien quand même. Soutien réservé car les anciens monopoles doivent être réformés. Probablement que si les salariés acceptaient le principe de négociations périodiques, avec des réformes qui s’appliquent à tous et pas seulement aux nouveaux-venus, je pense que ces réformes seraient moins douloureuses et qu’il n’y aurait pas de générations sacrifiées comme ce sera malheureusement le cas. Hélas les partenaires sociaux ne savent pas faire cela en France. Soutien quand même car le diagnostic de « dumping social » est parfaitement posé. À cela s’ajoute une inégalité de traitement entre les employés actuels et les employés nouvellement recrutés. Si le CNPL tient compte de cela dans les revendications ce sera un bel exemple de solidarité syndicale.
Alors bien sûr on pourra gloser sur les immenses avantages des pilotes et plus généralement des employé d’Airfrance à la grande époque, mais passer d’une extrême à l’autre ne sert à rien.
Il est intéressant de constater que quelle que soit l’idéologie, celle des monopoles d’État ou celle de l’ultra-libéralisme, ce sont toujours les socialistes qui sont à la manoeuvre. Alors bien sûr je n’aurai pas la cruauté de donner les noms de ceux qui ont élu le guignol de l’Élysée, mais tout de même il est responsable de beaucoup de nos malheurs. 
Pour cette raison et bien d’autres, un seul mot d’ordre,
Hollande dégage!
Jacques Frantz

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