Sommet de l’OTAN où l’on parle de la Russie sans la Russie

Sommets de l’OTAN où l’on parle de la Russie sans la Russie

Youri Paniev Nezzavissimaya Gazeta: traduit du russe par Jacques Frantz

L’alliance Atlantique exige de Moscou un « comportement responsable ».
Le sommet de l’OTAN qui s’est ouvert hier au Pays de Galles a été qualifié par le Secrétaire général de l’Organisation Anders Fogh Rasmussen de « réunion la plus importante de l’histoire de l’Alliance. Le sommet promet des décisions visant à faire face aux nouvelles menaces et à protéger les alliés. Parmi ces menaces figurent en bonne place une « attaque » de l’Ukraine par la Russie et la poussée terroriste de l’État islamique. On n’oubliera pas l’Afghanistan, où l’OTAN a l’intention de déployer une mission baptisée « soutien résolu ».

Newport, petite ville perdue entre Cardiff et Bristol est devenue pour deux jours le centre de la politique mondiale. Malgré un ordre du jour très fourni, la question des relations avec la Russie sur fond de crise ukrainienne occupe une place prépondérante. Les dirigeants des 60 pays participants devront réfléchir à des mesures tant politiques que militaires visant à faire face à une « attaque hybride » et à s’opposer efficacement à la Russie. S’exprimant devant un petit groupe de journalistes, dont le correspondant de la nezavissimaya gazeta, M. Rsmussen a indiqué que l’Alliance avait pour objectif à long terme de pousser la Russie vers la voie de la coopération et de la « responsabilité » et que les moyens pour y parvenir seraient évoqués. Du reste, dans les couloirs en marge du sommet, les fonctionnaires de l’OTAN évoquent le renforcement de la présence militaire à proximité des frontières de la Russie, ainsi que la création d’une division d’intervention rapide capable d’agir en un point déterminé en fonction des événements.

Rasmussen a salué tous les efforts visant à un règlement pacifique de la situation au sud-est de l’Ukraine. Au sujet du plan en 7 points proposé par le Président Poutine, il a déclaré préférer les actes aux paroles. Et M. Rasmussen de déclarer: « Nous continuons de voir la main de la russie derrière les actes de déstabilisation à l’est de l’Ukraine ». Il a ainsi appelé Moscou à retirer ses troupes de la frontière avec l’Ukraine, à cesser la livraison d’armes et le soutien aux rebelles et à s’engager dans un processus politique constructif. Rasmussen n’a pas exclu lors du sommet, une décision quant au réexamen de l’accord de 1997. Le Président Obama avait déjà évoqué cette initiative lors de sa visite la veille à Talinn.

Si le Président Obama est arrivé à l’hôtel Celtic Manor Resort à 9h25 avec une escorte d’une trentaine de véhicules et force hélicoptères, l’arrivée du Président Porochenko fut beaucoup plus modeste. Néanmoins il se retrouve entouré, outre le Président des États-unis, du Premier ministre britannique David Cameron, de la chancelière Merkel, du Premier ministre italien Renzi et du Président François Hollande. L’attaché de presse à la Présidence ukrainienne Svyatoslav Tsegolko a déclaré que le déroulement d’un sommet de l’OTaN à 5 + 1 constitue un fait sans précédent.

Après cette rencontre en petit comité, Porochenko en personne devait déclarer qu’il avait reçu la promesse d’une aide technique et militaire, ce qui signifie sinon des livraisons d’armes, ou tout au moins des livraisons de matériel et d’équipements militaires. Le Président ukrainien a en outre indiqué que dans la déclaration solennelle faite à l’issue du Sommet, serait mentionné que l’Organisation soutient toute action de ses États-membres visant à apporter une aide technique et militaire à l’Ukraine. Et le service de presse du Président ukrainien de citer ce dernier: « c’est exactement ce que nous attendions ». Comme l’indique une source, Porochenko a informé les dirigeants occidentaux de la teneur de l’entretien téléphonique qu’il avait eu la veille avec le Président Poutine. LE Président ukrainien a exprimé l’espoir qu’au cours des négociations devant se tenir ce vendredi à Minsk et qui visent à régler pacifiquement la situation, des mesures concrètes seraient prises pour parvenir à la paix. Parallèlement, il a soulevé la question de l’aide multilatérale octroyée à l’Ukraine, y compris du point de vue technique et militaire de la part des États-memebres de l’OTAN. Cette question devait être examinée en détails dans la soirée, lors de la Commission de l’OTAN où s’exprimait Porochenko. Lors de cette réunion il a été annoncé que 1300 militaires provenant de 15 États prendraient part à une opération d’entraînement en Ukraine désignée sous le nom de « rapide trident ».

Au cours de la matinée, la réunion a abordé la dernière étape de la campagne de l’OTAN en Afghanistan qui prévoit pour la fin de l’année le retrait du principal contingent et la mise en place de la nouvelle mission « soutien résolu », même si cette dernière pourrait être menacée par la crise politique qui fait rage dans ce pays. En effet, à Kabul, on ne parvient pas à se choisir un Président. Voilà pourquoi la délégation afghane au Pays de Galles était conduite non par le nouveau chef de l’État, mais par le Ministre de la défense Bismillah-Khann Mohammadi. Selon le Ministre, l’euphorie liée à la passation de pouvoir démocratique qui régnait encore en avril, a laissé place à la crainte d’une nouvelle spirale de tensions entre les divers clans.

Au Sommet, on craint que les représentants issus de la population non pachtoune d’Afghanistan basculent dans la violence à l’annonce de la défaite de leur candidat Abdullah Abdullah. De leur côté, les électeurs pachtounes d’Ashraf Ghani Akhmadzaya pourraient répliquer à la violence par la violence. À cela il faut ajouter les Talibans de plus en plus actifs, anarchie qui constitue le pire des scénarios pour l’OTAN. À la veille du sommet, les dirigeants talibans ont fait savoir dans un communiqué que « la solution à la crise passait par la fin de l’occupation militaire étrangère du pays ». Les Talibans insistent sur la nécessité d’un retrait total des troupes étrangères et que fin soit mise à l’ingérence étrangère dans les affaires de l’Afghanistan.

Comme si de rien n’était, les dirigeants de l’OTAN fondent leurs espoirs sur la signature d’ici la fin de l’année, d’un accord sur la présence dans le pays des forces de l’Alliance au-delà de 2014: « c’est la condition à la présence de l’OTAN sur le sol afghan après cette date ». L’Alliance compte déployer une nouvelle mission de formation des forces de sécurité afghanes à partir du 1er janvier 2015. Dans tous les cas, l’OTAN a en début de semaine lancé un fond destiné à financer l’armée afghane. Les alliés de l’OTAN et la force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF) ont confirmé leur engagement pris en 2012 au Sommet de Chicago d’alimenter le Fond à hauteur de 400 millions de dollars d’ici 2015.

On s’attend enfin à ce que Cameron et Obama appellent les alliés à prendre part à la coalition pour combattre le groupuscule de l’État islamique actif en Irak et en Syrie. Les djihadistes ont déjà décapité deux otages américains et menacent d’exécuter un otage britannique. « Les terroristes ont tort de croire que nous tremblons devant leurs menaces. Nous ne nous laisserons pas intimider par des meurtriers assoiffés de sang.
De Newport, Youri Paniev

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